Le Château d'Ordre
Le château d’Ordre : un joyau du Pas-de-Calais
Niché au cœur de la commune de Baincthun, à Macquinghem, le château d’Ordre s’impose comme un joyau du patrimoine régional. Entouré de vastes bois, flanqué d’une double allée majestueuse d’ormes centenaires et bordé par une pièce d’eau scintillante, il incarne plusieurs siècles d’histoire familiale et architecturale. Dès le premier regard, le château témoigne de la puissance et de l’élégance des Du Wiquet, une famille profondément enracinée dans le Boulonnais.
Construction et essor au XVIIe siècle
Le corps central du château fut achevé en 1672, sous l’impulsion de Victor du Wiquet (1630-1710), qui avait acquis la baronnie d’Ordre trois ans plus tôt. Issu d’une famille experte dans la maîtrise des Eaux et Forêts, Victor transforma le domaine en un lieu raffiné et ordonné. Le château, construit avec des matériaux nobles et une attention particulière à la symétrie, s’intègre harmonieusement dans le paysage, offrant une vue imprenable sur les jardins et les bois environnants. Les salons, dotés de grandes fenêtres, laissent entrer une lumière délicate qui fait scintiller les boiseries et les cheminées sculptées.


L’âge d’or du XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, sous Victor II du Wiquet (1702-1751), le château connut d’importantes extensions. Deux ailes vinrent flanquer le corps central : l’aile sud en 1749 et l’aile nord en 1755, cette dernière accueillant la chapelle privée et le grand escalier. Vers 1770, un attique élégant fut ajouté, offrant une touche finale à l’édifice. Chaque transformation respecta l’harmonie architecturale initiale, tout en enrichissant le décor intérieur : moulures raffinées, parquets à motifs, cheminées en marbre et plafonds ornés de stucs délicats. Ces aménagements témoignent d’un goût prononcé pour l’élégance classique et la fonctionnalité noble.
Démembrement et préservation
Le XXe siècle marqua une période délicate pour le château. Après la disparition des héritiers Sénéca, le domaine fut inventorié en 1920 et partiellement vendu en 1924, provoquant la dispersion d’une partie du mobilier et des œuvres d’art. M. et Mme Allum, puis leur fille jusqu’en 1992, prirent soin de racheter et de conserver les éléments les plus précieux : boiseries sculptées, portraits anciens, cheminées et meubles de grande valeur. Ces actions permirent de protéger l’âme et l’histoire du château, tout en assurant la continuité du patrimoine familial.


Protection et reconnaissance patrimoniale
Reconnaissant l’importance historique et architecturale du château, l’État inscrivit ses façades, toitures, portail, vestibule, escalier, chapelle, boiseries et cheminées à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques le 7 décembre 1987. Cette protection garantit la préservation de l’ensemble décoratif et architectural, assurant que chaque élément, du plus grand salon au moindre détail de moulure, demeure intact pour les générations futures.
Menaces récentes et sauvegarde
En avril 2019, le château fit face à une nouvelle menace : une vente aux enchères risquait de disperser des éléments essentiels, dont l’autel de la chapelle et le décor du grand salon. L’association Sites & Monuments intervint rapidement, protégeant ces pièces comme immeubles par nature ou par destination, conformément au code du patrimoine. Grâce à cette intervention, le château conserve aujourd’hui son décor XVIIIe siècle et son caractère historique, symbolisant la richesse et la continuité des Du Wiquet.
Conclusion : un témoin vivant de l’histoire
Aujourd’hui, le château d’Ordre reste un témoin vivant de plusieurs siècles d’histoire. Il illustre l’art de vivre aristocratique du XVIIe et XVIIIe siècles, la fidélité et le courage des familles nobles face aux bouleversements historiques, et la beauté d’un patrimoine architectural soigneusement préservé. Chaque pierre, chaque salle, chaque cheminée raconte une histoire, offrant aux visiteurs un voyage unique à travers le temps et l’histoire du Boulonnais.